Ralentir … pour mieux jouir de votre vie

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J’atterris en Allemagne par un froid matin de février 1999. Je venais de quitter le pays qui m’avait vu naître et grandir en partie, dans une température avoisinant les 40 degrés Celsius. Inutile de dire que le choc a été brutal pour mon organisme. Mais il l’a été encore plus pour la conception que j’avais jusqu’ici de la vie. J’entends encore ma soeur s’agacer du temps que je mettais à manger, à cuisiner et surtout à marcher. Elle me répétait souvent que j’aurais du mal à fonctionner dans mon nouveau monde si je ne m’habituais pas à “courir”, pour tout et tout le temps.

Un vieux dicton dit ceci : “Les Suisses ont la montre, mais l’Africain a le temps.” Et une chose est sûre, j’ai en effet vécu en Afrique et en France à un rythme bien différent de celui que j’allais découvrir dans mon nouveau pays! J’ai grandi bercée par les douces mélodies de Francis Cabrel, un éternel nostalgique du bon vieux temps où on savait encore donner de la place à la vraie vie. J’ai grandi en imaginant ma future vie d’adulte dans le calme de la campagne, entourée d’arbres et d’eau, mes soirées dans la douceur d’un feu de bois, les tablées dominicales en famille dans le jardin ombragé, les déjeuners matinaux dehors, au chant des oiseaux et la table garnie de pain frais et de confiture d’abricots faits maison. J’ai imaginé mes futurs enfants accueillis par l’agréable odeur d’une tarte aux pommes à leur retour de l’école. Je les voyais jouer dans le jardin en mangeant des mûres à même les arbustes, grimpant aux arbres comme je l’ai fait tant de fois sur le manguier et les goyaviers de mon père. J’ai imaginé mes filles (j’étais convaincue d’en avoir deux!) fermant les yeux de bonheur à la dégustation d’un gaspacho de papaye rouge citronné ou en mordant dans une tranche de pain de seigle tout frais sorti du four et tartinée de beurre salé. J’ai imaginé les soirées en famille près du feu, faites de rires, de jeux et de câlins chatouilleux. Voilà la vie à laquelle j’ai aspiré depuis l’âge de dix ans. Inutile de dire que mon âme n’était définitivement pas faite pour ce monde en constante agitation.

Mais j’ai quand même essayé. Pendant des années, dans un pays puis dans l’autre, m’efforçant de croire que la course, le bruit, le mouvement et l’occupation constants faisaient les Hommes qui font une vraie différence, qui ont un réel impact dans le monde, les Hommes qui ont tout compris de la vie moderne. Mais cette nouvelle réalité n’a jamais rejoint mon âme et l’a détruite peu à peu.

Quand le Seigneur est entré dans ma vie, par reconnaissance pour mon Salut, je me suis sentie comme un “devoir” de me servir vite et beaucoup de mes dons pour Le glorifier. Et tous les discours sur “le chrétien d’impact, performant, efficace, rentable, utile ” ont vite fait de remplacer la pression du monde par une autre pression. J’ai cru que c’est ce que Dieu attendait de moi et je me suis mise beaucoup de pression pour m’assurer de ne rien manquer, de bien répondre à l’appel, de ne pas “enterrer le talent”, de poursuivre l’excellence. Je n’avais rien compris.

Peu à peu, la Vérité de Dieu s’est installée en moi à mesure que j’apprenais à connaître Jésus et à étudier vraiment le modèle de vie qu’Il nous a laissé et qui est totalement aux antipodes de ce qu’on voit aujourd’hui. Et surprise! Jésus n’était jamais pressé. Nulle part dans la bible il n’est fait mention qu’Il a seulement couru ou fait quoi que ce soit dans la précipitation. Jésus n’a jamais “performé”, ni pour impressionner, ni pour se faire accepter, ni pour se bâtir une réputation, ni par crainte de “manquer” la mission, l’appel ou de ne pas se servir de ses dons de manière optimale, ni pour prouver son excellence, ni pour coller à des standards de société. Jésus a pris le temps : le temps de s’arrêter pour parler, pour guérir, pour manger, pour embrasser des enfants, pour souligner des éléments de la nature, pour enseigner, pour dormir dans la barque, pour prier, pour méditer. Même l’annonce de la mort de Lazare ne l’a pas brusqué. Jésus prenait le temps. Le temps d’aimer, surtout. Aimer Dieu et aimer les Hommes en les enseignant à son sujet. Et la seule pression jamais ressentie par Lui, celle dans jardin de Gethsémané, n’était pas liée à une performance, mais à un douloureux acte d’obéissance devant lequel n’importe quel autre homme aurait abdiqué.

Après ces révélations, j’ai trouvé la paix et j’ai compris que le type de vie auquel la petite fille de dix ans aspirait me venait de Dieu. Il m’a donné une âme qui aspire à être présente dans mon présent pour n’en manquer aucun des délicieux moments. Une âme qui aspire à la simplicité et qui sache ralentir et s’arrêter pour observer, écouter, ressentir, goûter… À quoi nous servent nos sens si nous ne prenons pas le temps d’explorer les informations qu’ils nous renvoient? Dieu les a créés pour une raison. Mais dans nos courses constantes, nous manquons l’essentiel.

Ralentir est un choix courageux que vous pouvez faire dès aujourd’hui si vous avez l’impression de passer à côté de l’essentiel de votre vie. Vous n’avez peut-être pas les mêmes rêves que moi à l’âge de dix ans. Peut-être vous plaisez-vous dans les grandes villes au milieu du bruit, de l’agitation, des deadlines, de la productivité, des sorties avec les amis, etc. Peut-être vous sentez-vous “vivante” face aux multiples défis à relever au travail, à l’école. Mais posez-vous la question : quel est l’état réel de votre âme au milieu de tout cela? Parce qu’une chose est sûre : notre âme n’a pas été conçue pour vivre dans une constante agitation. Elle a été conçue pour vivre dans une communion, pas avec nos occupations diverses, mais avec Dieu et son Royaume parmi nous. Ce Dieu et ce Royaume, vous les trouvez dans le murmure, dans les enfants, dans le lieu secret, dans le silence, dans la barque, dans le désert, dans un trésor caché dans un champ, dans le grain de moutarde, dans le levain… Le remarquez-vous? Vous trouvez Jésus dans les petites choses que vous ne pouvez voir que si vous vous arrêtez pour les regarder, et dans des lieux où le bruit et l’agitation sont absents. La communion demande du temps, de l’espace, du silence, de l’attention et de la paix.

Photo by Priscilla Du Preez on Unsplash

Pour information, mes aspirations d’enfant n’ont été que partiellement réalisées et ralentir ma vie est une lutte de tous les instants, un processus constant. C’est un choix qui peut demander des sacrifices, mais ce choix en vaut la peine.

Alors concrètement, pourquoi faire le choix de ralentir ?

  • Ralentir pour être mieux en raccord avec le modèle de vie que nous a laissé Jésus. La Parole nous dit la Vérité sur la vie, ainsi que ce que nous pouvons faire de cette Vérité. Ralentissez pour une meilleure communion avec votre Dieu.
  • Ralentir pour mieux profiter de cette vie belle et unique dont Il vous fait cadeau. Elle aura une fin. (Re)venez à l’essentiel, à ce qui compte vraiment.
  • Ralentir pour mieux recevoir, écouter votre vie et celle des autres, goûter, apprécier, découvrir, s’émerveiller, aimer, construire.
  • Ralentir pour permettre à votre âme de respirer, pour vivre de manière plus intentionnelle en ne cultivant que ce qui apporte une réelle valeur ajoutée à votre vie. Et non, l’argent, le statut social, le succès selon les Hommes n’en font pas partie.
  • Ralentir pour recevoir sa Paix, son Amour, sa Grâce, pour vivre avec un un réel but.
  • Ralentir pour prendre le temps de vous émerveiller devant sa Nature, devant sa Création, le show exceptionnel qu’Il déploie tous les jours devant nous et que peu prennent encore le temps d’observer et qui fait pourtant tant de bien à l’âme !
  • Ralentir pour réaliser que vous êtes une créature merveilleuse et qu’Il n’attend de vous ni la performance, ni même l’excellence, mais que vous veniez simplement et pleinement à Lui.
  • Ralentir pour vivre vos grâces et exprimer votre reconnaissance. Comment pouvez-vous en effet être reconnaissante pour des choses que vous ne prenez jamais le temps d’apprécier pleinement, parce que vous vivez pour une gratitude future que vous ne ressentirez -en tout cas, le croyez-vous- que si vous réalisez ou obtenez telle ou telle chose?
  • Ralentir pour arracher les racines de l’urgence et le sentiment que tout est une urgence. Alignez-vous sur les priorités de Dieu, pas celles des Hommes.

Bref, ralentir pour cesser de suivre le rythme d’une société qui accepte de vivre dans la tyrannie de l’urgence, qui valorise la suractivité tout en vendant drogues et comprimés pour camoufler les maux de l’âme qui tente de suivre un rythme pour lequel elle n’a jamais été faite.

Bien que je ne sois pas tout à fait dans le contexte dont je rêvais enfant, j’essaye chaque jour de vivre dans le Repos du Seigneur et je me sens de plus en plus en accord avec ce que je suis et avec Dieu. J’apprends à recevoir sa Paix et non plus celle que je cherchais dans mes activités ou à une époque, dans les antidépresseurs. Mon âme se désencombre. Elle redevient capable de recevoir et d’apprécier les petits moments de la vraie vie qui se déroulent dans mes jours ordinaires. Je déballe chaque journée comme le précieux cadeau qu’elle est. Mon premier café du matin? Je le savoure dans le calme en appréciant chaque arôme. Le ménage? Je le fais lentement, intentionnellement, en m’appliquant fidèlement à mon ministère des petites choses. Le pain? Il n’est pas toujours fait-maison, mais bien que je l’aie banni de mon alimentation principale, je me le permets de temps à autre et je savoure chaque instant, de sa confection à sa dégustation. Je prends le temps de le tartiner généreusement de beurre salé ou de Vache- qui-Rit et d’écouter la croûte craquer sous mes dents. Le lever du soleil? J’observe ses reflets sur le lac et sur les arbres, je le photographie, je rends grâce de le voir une journée de plus. Ma douche du soir ? J’apprécie avec gratitude chaque goutte d’eau chaude qui détend mes muscles fatigués. Mes enfants ? Je prends le temps de passer mes mains de leurs cheveux, de lire chaque expression dans leurs yeux, d’embrasser les fronts, joues et ventres, d’écouter leurs petites histoires, d’observer chaque expression sur leurs visages quand ils goûtent un nouvel aliment ou chaque ombre, même furtive qui cache une peine intérieure. Je trie drastiquement et je définis moi-même, en fonction de la qualité de vie que je poursuis désormais, ce qui est urgent et ce qui ne l’est pas. Je ne suis plus esclave, ni de mon agenda, ni des pressions du monde, y compris chrétien, ni de personne. Je commence et vis chaque journée en prenant la Main de mon ami Jésus et en Le laissant me guider dans la balade de ce que Lui -même définit comme étant la vraie vie, la seule qui compte finalement.

Vers quoi courez-vous? Que poursuivez-vous? Que vous apporte ce que vous obtenez? Quel est l’état de votre âme?

Ralentissez et faites le choix de profiter enfin de votre vie.

Photo by Ellieelien on Unsplash

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