Pourquoi et comment je fais le carême

Il y aura deux types de lecteurs pour cet article : ceux qui liront dès le titre avec la conviction d’avoir trouvé une de ces chrétiennes  « catholisée » qui n’a rien compris à l’Évangile de Jésus-Christ. Ils penseront trouver dans cet article de quoi me jeter la première pierre et prier pour “mon âme égarée”. Puis, il y aura ceux qui liront avec une saine curiosité et avec discernement, des chrétiens qui comme moi ont appris qu’un chrétien mature ne doit jamais jeter le bébé avec l’eau du bain. Quelque soit la catégorie à laquelle vous appartenez, bonne lecture !

J’ai décidé d’écrire cet article, car il s’inscrit dans la démarche intentionnelle dans laquelle je suis depuis quelques années, et dans le but d’inspirer celles qui veulent la poursuivre. Il est si facile dans nos quotidiens chargés de manquer la conscience de Dieu et nos bonnes intentions spirituelles en nous laissant submerger par les multiples « urgences » qui hurlent notre nom ! Je prends tout ce qui me permet d’être intentionnelle et de cultiver ce que j’appelle une “conscience de Dieu” dans les moindres petits instants de ma journée.

Comme beaucoup, j’ai grandi dans une culture catholique. Je parle bien de « culture » parce que ma famille ne fréquentait pas l’église. Nous étions ce qu’on appelle couramment des « croyants non pratiquants ». Dès l’âge de dix ans et pendant environ un an, je me suis rendue seule à la chapelle de notre quartier où j’ai développé un immense intérêt pour Dieu. Je n’ai pas eu le temps d’y apprendre grand chose des rituels et autres conventions. Tout ce que je sais, c’est que j’aimais la solennité des lieux et j’y ai développé une grande révérence envers Dieu. J’y ai appris l’importance de l’introspection et de la contemplation et ce sont deux disciplines spirituelles qui ont gardé une place majeure dans ma vie chrétienne tant elles me bénissent. Mon parcours catholique n’aura duré que très peu de temps. Je suis née de nouveau bien plus tard et après de nombreuses années de vie sans réelle relation avec Dieu et sans fréquenter d’église, toutes dénominations confondues. Mais après toutes ces années dans l’Église évangélique, malgré toutes les bonnes choses qu’on y trouve, l’un des plus grands travers à mon sens, c’est l’énorme emphase qui est constamment mise sur le « Faire » et pas assez sur “l’Être”. On reproche aux Catholiques de poursuivre un salut par les oeuvres. Pourtant, l’Église évangélique, bien qu’elle soutienne à juste titre le Salut par la grâce seule, met tellement l’accent sur le « fruit » que les chrétiens ne se définissent plus que par leurs accomplissements et les récompenses qu’ils en espèrent ici-bas ou au Ciel. Il y a une juste mesure qu’il faut trouver en toutes choses. Je l’ai appris, souvent durement. Et c’est pourquoi je ne jette plus précipitamment le bébé avec l’eau du bain. Dieu m’apprend à discerner. Je ne hurle plus au scandale ni ne voit trente six mille démons à la seule mention du mot “catholique”, mais j’apprends à retenir ce qui peut être bon.

L’une de ces bonnes choses, c’est le calendrier liturgique qui aide à cultiver une vie chrétienne intentionnelle. L’année n’est plus seulement un ensemble de jours et de saisons qui défilent inexorablement et que nous terminons souvent en nous demandant quand et où elle est passée. Les différents moments spirituels marqués par le calendrier liturgique aident à s’arrêter, à sortir du tourbillon de nos quotidiens, pour “savoir qu’il est Dieu”. Si vous êtes honnête avec vous-mêmes, vous savez que malgré toutes vos résolutions, vos bonnes intentions et votre belle planification, vous arrivez rarement à appliquer la discipline de mémoire, de gratitude, de jeûne et de prière que nous devons poursuivre en tant que Chrétiens. Et parce que nos réalités de vie nous rattrapent bien souvent malgré nous, des temps précis dans l’année qui nous invitent à nous arrêter sur un élément fondamental de notre foi chrétienne sont à mon sens des moments à considérer, peu importe qui en a lancé la tendance.

C’est pourquoi j’ai depuis peu décidé de marquer des saisons comme l’Avent et le carême pour vivre avec ma famille, des temps de célébration intentionnelle. Noël et Pâques ne nous tombent plus dessus comme sortis de nulle part, comme interrompant brusquement le cycle sans fin de la roue dans laquelle nous tournons au quotidien. Ils me permettent de méditer bien avant la date officielle, sur les importants événements qui marquent ma vie chrétienne et de me préparer à les vivre avec la bonne disposition de coeur. Noël, par exemple, ne devient plus une simple réunion familiale au cours de laquelle on doit se montrer la parfaite hôtesse, servir les plats les plus raffinés dans la maison la mieux décorée et avec des invités dont on ne supporte pas la face le reste de l’année ! Noël devient une saison d’attente, d’accueil et de célébration simple à l’image de la simplicité de notre Sauveur.

Et Pâques? Les quarante jours de carême intentionnellement observés m’aident à méditer sur le sacrifice de Christ et à me souvenir d’où Il m’a tirée. Ce n’est ni pour moi ni pour mes enfants la fête du chocolat et encore moins celle des lapins qui pondent des oeufs. C’est Jésus qui a obéi à Dieu, a cheminé vers une douloureuse destinée, par pur amour pour nous, a porté la Croix de mes péchés et est mort pour que je puisse vivre. Pâques qui coïncide souvent avec l’arrivée du printemps et de la nature qui renaît est également un doux rappel de la résurrection. Christ n’est pas resté sur la Croix, Il est ressuscité et j’ai moi aussi accès à cette résurrection par ma foi en Lui.

Suivre le carême ne consiste donc en aucun cas à se flageller pour tenter de réaliser à notre tour une oeuvre qu’Il a déjà accomplie. Se souvenir d’où on vient et ce que Christ a porté et souffert à notre bénéfice nous garde dans une nécessaire humilité que beaucoup trop de chrétiens « arrivés » ont malheureusement perdu de nos jours. Célébrer la résurrection en zappant la crucifixion est aussi dangereux que de vendre un Salut par les oeuvres ou une grâce « cheap » à l’aide d’un évangile bonbon!

Je cherchais donc quelque chose de simple pour marquer ces temps de l’année liturgique, lorsque j’ai découvert cette couronne fabriquée par les jeunes fils d’une auteure chrétienne que j’aime beaucoup : Ann Voskamp. Cette couronne trône désormais sur la table de ma salle à manger, vingt quatre jours pour l’Avent et quarante jours pour Pâques. Chaque jour, les enfants déplacent la bougie en comprenant vraiment le sens, non seulement du parcours, mais aussi celui du jour de célébration vers lequel on se dirige. C’est devenu un jeu. C’est à qui se réveillera en premier le matin pour déplacer la bougie ! Mais c’est surtout une approche toute simple qui permet un discipulat passif, surtout avec les jeunes enfants. Et pour moi l’adulte, à chaque fois que je passe devant – c-à-d de nombreuses fois dans ma journée de mère au foyer – je remarque la petite statuette de Christ portant la Croix (ou de Marie enceinte et assise sur un âne à Noël), et je pense au verset inscrit sur la statuette:

Mais lui, il était blessé à cause de nos transgressions, brisé à cause de nos fautes: la punition qui nous donne la paix est tombée sur lui, et *c’est par ses blessures que nous sommes guéris. Ésaïe 53:5

Alors pour moi le carême cette année et toutes les autres ? Il se fait sans cendres, sans rameaux et sans jeûne. Juste un quarante jours intentionnels durant lesquels je me rappelle et j’apprends à mes enfants à se rappeler à quel point nous avons été aimés. Nous nous rappelons aussi que cette vie ne tourne pas seulement autour de 365 jours et 4 saisons, mais autour de Dieu et de son activité dans et pour le monde : Avent, Noël, Epiphanie, Carême, Pâques et Pentecôte. Nous conclurons ce carême le 12 avril prochain, avec une Pâque simple et joyeuse dont le mot d’ordre sera : gratitude.

 La couronne à Noël

Pâques est la fête la plus importante pour les Chrétiens. La vivre de manière intentionnelle chaque année, chacun à sa façon, est à mon sens la moindre des choses que l’on puisse faire pour signifier l’importance qu’on accorde au plus grand acte d’amour qui ait jamais été manifesté aux Hommes. En cette saison sans précédents de crise sanitaire mondiale, il est plus que jamais nécessaire de garder le focus sur Celui qui a vaincu tous les virus à la Croix. Et si c’est l’église catholique qui a donné le go à une tradition, si elle est bonne et m’encourage à me rapprocher davantage de Dieu pour me souvenir de ce qu’Il a fait pour moi et de ce que je possède désormais en Lui, alors je jetterai l’eau du bain, mais je garderai certainement le bébé.

Photo principale par Priscilla Du Preez on Unsplash

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2 Commentaires

  1. Avatar

    Très touchant comme article. Il faut en effet profiter de tout ce qui est bon pour continuer de demeurer intentionnel. J’aime vraiment le fait que tu ne te tourne pas sur toi-même, mais que ton intentionnalité a un impact autour de toi. C’est à l’image de Jésus.

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    • Gina Oum

      Merci Danielle. En effet, on devient intentionnelle pour produire un impact positif à la fois en soi et autour de soi, sinon on ne fait que cultiver un égocentrisme loin du modèle de Christ. Cultiver le meilleur pour toujours mieux Le représenter est un bon objectif.

      Sois bénie!

      Réponse

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